Service canadien du renseignement de sécurité
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

ARCHIVÉ : Allocution de Jim Judd, Directeur du SCRS, à la conférence Global Futures Forum à Vancouver

Information archivée dans le Web

Information archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Cette dernière n'a aucunement été modifiée ni mise à jour depuis sa date de mise en archive. Les pages archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes qui s'appliquent aux sites Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique de communication du gouvernement du Canada, vous pouvez demander de recevoir cette information dans tout autre format de rechange à la page « Contactez-nous ».

2008-04-15

Permettez-moi ce matin de parler brièvement de la question des changements qui surviennent dans le milieu du renseignement, de leurs causes et de leurs répercussions.

Mon point de vue n’est pas celui d’un professionnel expérimenté du milieu du renseignement, mais plutôt celui de quelqu’un qui travaille dans le « domaine » depuis quelques années seulement mais qui, auparavant, a occupé divers autres postes dans le secteur public.

Je vous donnerai donc en quelque sorte le point de vue à la fois d’un initié et d’un étranger. Ainsi, si vous avez beaucoup plus d’expérience que moi dans ce domaine, vous devriez vous sentir tout à fait libres de désapprouver mes propos ce matin ou de vous en offusquer.

Ce ne serait d’ailleurs pas une mauvaise chose, dans la mesure où cela susciterait entre nous une discussion plus vaste sur les questions abordées.

Quoi qu’il en soit, si effectivement je fais un faux pas, nous pourrons toujours ajouter cela aux « ratés du renseignement ».

Je dirais d’emblée qu’il me semble que le milieu du renseignement – au moins les parties que je connais le mieux, c’est-à-dire essentiellement le « monde occidental » – a subi des changements assez considérables au cours de la dernière décennie.

Cela paraît particulièrement vrai pour la période qui a suivi les attentats du 11 septembre, un point tournant qui semble avoir incité de nombreux gouvernements à réévaluer – le plus largement possible – leur capacité générale à faire face aux menaces pesant sur la sécurité nationale.

Certains de ces changements et leurs causes sont relativement particuliers au milieu du renseignement proprement dit ou, si vous préférez, au « contexte dans lequel il
évolue ».

Par contre, certains des changements et leurs causes ont pu être notés sur une plus grande échelle dans le monde entier et ont eu un impact sur diverses institutions du secteur public ou privé des pays industrialisés et au-delà.

Dans plusieurs cas, ce processus de transformation bat encore son plein, les particuliers et les institutions essayant – ou non – de mettre en oeuvre ou de gérer des programmes de changement ou de faire face aux conséquences, qu’elles soient voulues ou non.

Compte tenu des origines du Global Futures Forum, permettez-moi de m’inspirer de ce grand philosophe américain, David Letterman, et de vous donner ma liste des dix principaux changements qui ont été particulièrement importants.

1. Régime législatif

Dans nombre de pays occidentaux (et autres), les cadres juridiques nationaux dans le domaine de la sécurité nationale ont été considérablement modifiés et, dans certains cas, continuent d’être adaptés et modifiés encore aujourd’hui.

Le même phénomène s’est produit, en grande partie, à l’échelle internationale, notamment par l’intermédiaire des Nations Unies.

Les changements juridiques – qu’ils soient mis en oeuvre, proposés ou abrogés – ont aussi suscité un vif débat public fondamental sur bon nombre de ces questions, comme il n’y en a jamais eu depuis des décennies. Une grande partie de ce débat est centré sur le juste équilibre à trouver entre la sécurité et les droits, surtout en ce qui concerne les lois sur le terrorisme.

Une autre question qui se pose dans le même ordre d’idées est ce que certains ont appelé la « judiciarisation » du renseignement.

L’une des conséquences des récentes tendances notées dans les mesures antiterroristes est le nombre croissant de poursuites au criminel qui découlent souvent d’informations recueillies par des services de renseignements et non des organismes d’application de la loi.

Cette situation amène de plus en plus les services de renseignements dans certains États à engager des débats intéressants et importants sur diverses questions juridiques comme la divulgation, les normes de preuve et le témoignage du personnel des services de renseignements dans les poursuites au criminel.

Bien qu’elles n’aient rien d’étonnant ou de nouveau pour les milieux judiciaire ou policier, ces questions peuvent de fait avoir des conséquences sur la conduite des opérations de renseignement. Elles ont aussi parfois suscité des débats intéressants sur la ligne de démarcation entre les organismes d’application de la loi et les services de renseignements.

Comme c’est souvent le cas lorsqu’il est question d’ordre public, les changements législatifs ne sont survenus qu’après coup – soit après les attentats terroristes du 11 septembre dans ce cas-ci. Il faut donc se demander si les régimes législatifs existants sont toujours pertinents – compte tenu surtout de l’évolution accélérée et constante des télécommunications et d’autres technologies.

2. Cadre stratégique

En ce qui concerne les politiques, un changement tout aussi intéressant, à mon avis, est survenu quant à la façon dont plusieurs gouvernements occidentaux ont nettement élargi le champ habituel des intérêts en matière de sécurité nationale.

Il semble que les questions de sécurité nationale telles qu’elles ont été définies par le passé tendent à être limitées à ce qu’on pourrait appeler les « suspects habituels » que sont la guerre et la paix, l’espionnage et le terrorisme et la prolifération.

Toutefois, au cours des dernières années, plusieurs gouvernements occidentaux – le mien et, plus récemment, celui du Royaume-Uni – ont élaboré des stratégies et des politiques en matière de sécurité nationale qui ont redéfini et élargi ce domaine.

Nous avons maintenant ajouté – fort pertinemment à mon avis – diverses questions au programme de sécurité nationale, notamment les suivantes :

  1. les catastrophes naturelles;
  2. les calamités sanitaires;
  3. la détérioration de l’environnement;
  4. la compétition pour les ressources et la diminution des ressources;
  5. le changement climatique;
  6. le crime organisé international;
  7. les États déliquescents ou en voie de déliquescence;
  8. les questions de gouvernance nationale et internationale et autres.

La stratégie britannique de sécurité nationale publiée récemment a compliqué les choses encore davantage – mais, là encore, fort pertinemment à mon avis – en approfondissant davantage la question des tendances mondiales et des facteurs déterminants qui peuvent sous-tendre le programme de sécurité dans son ensemble.

Dans son exposé, Thomas Homer-Dixon a certes merveilleusement réussi à expliquer la nature de ce programme, les liens entre un grand nombre de ces questions et les défis à relever pour y faire face en temps opportun et de manière cohérente.

Bien que le fait d’élargir ainsi le programme de sécurité nationale soit intéressant et pertinent, il soulève, selon moi, la question de savoir où et comment le milieu du renseignement intervient de manière significative dans celui-ci. Le nouveau programme représente-t-il un nouveau « marché » pour le milieu du renseignement ou y a-t-il plutôt des créneaux dans ce marché sur lesquels les services de renseignements devraient concentrer leurs efforts?

Personnellement, je tends à pencher pour la deuxième proposition, car le nouveau programme élargi de sécurité nationale est tout simplement trop vaste et complexe pour les services de renseignements et même, j’ajouterais, pour certains gouvernements parfois. Le milieu du renseignement doit évidemment être sensible à toutes ces questions, mais dans bien des cas l’expertise fondamentale et les outils nécessaires pour s’attaquer à celles-ci se trouvent ailleurs dans les gouvernements.

3. Gérer la croissance

Il y a près de deux décennies, bien des gens partout dans le monde célébraient la fin de la guerre froide et, du même coup, la « fin de l’histoire » et la naissance d’un « nouvel ordre mondial ».

Face à ce tournant historique, de nombreux gouvernements ont réduit considérablement les capacités dans les secteurs de la défense, de la sécurité et du renseignement, un phénomène qui s’est poursuivi tout au long des années 1990.

Un peu plus d’une décennie plus tard – à la suite des attentats du 11 septembre – dix années de réduction plus ou moins constante des effectifs ont fait place à des années successives marquées par une augmentation considérable des ressources consacrées à toutes sortes de services de renseignements et d’organisations de sécurité.

C’étaient bien sûr de bonnes nouvelles pour ceux qui géraient ces organisations, mais ils ont eu aussi d’énormes défis de gestion à relever du fait qu’ils devaient recruter de nouveaux employés et acquérir de nouvelles technologies tout en satisfaisant aux nouvelles exigences des clients.

En cette nouvelle ère de croissance, une question s’impose, soit celle de savoir si en reconstruisant la capacité de collecte de renseignements, nous comprenons bien le contexte changeant dans lequel nous nous trouvons et qui, semble-t-il, continuera inévitablement d’évoluer.

Certains ont dit de l’après-guerre froide que cette période représentait un « changement de paradigme » qui est toujours en cours. Cela soulève alors la question de savoir si les décisions d’investissement que nous prenons aujourd’hui suivent le rythme du
« changement de paradigme » ou si nous construisons la meilleure Ligne Maginot à jamais avoir été conçue.

4. Démographie

Il est intéressant de noter que la gestion de cette croissance a été largement compliquée par les répercussions des changements démographiques sur ces organisations, les employés de la génération du baby-boom ayant commencé à prendre leur retraite presque au même moment où de nouvelles ressources étaient investies dans la capacité de collecte de renseignements.

À cause des effets combinés de la croissance et des changements démographiques, les organismes de renseignements et de sécurité ont maintenant des employés très jeunes et relativement peu expérimentés – par rapport assurément aux circonstances qui prévalaient dans le passé. Les effectifs sont aussi plus diversifiés qu’ils ne l’étaient auparavant, ce qui, à mon avis, est l’un des aspects très positifs du changement générationnel.

Il y a plusieurs années, en discutant avec plusieurs collègues étrangers, j’ai mentionné mon inquiétude à propos des risques que les changements démographiques pourraient représenter pour ma propre organisation. Ce ne fut qu’un mince consolation d’entendre des collègues répliquer qu’en fait, les changements démographiques étaient encore plus prononcés dans leurs organisations que dans la mienne.

Jusqu’à présent, toutefois, l’arrivée des jeunes – bien qu’ils soient assez inexpérimentés – semble positive, compte tenu de la qualité des nouveaux venus si l’on songe à leur niveau d’instruction, à leurs compétences technologiques, à leur dévouement, à leur imagination et à leurs nouvelles manières de considérer les choses.

Cela étant dit, avec la perte de plusieurs dizaines d’années d’expérience que représente le départ des employés de la génération du baby-boom, nous devons assurer le transfert des connaissances entre les générations et l’efficacité de nos programmes de formation et de perfectionnement pour les nouvelles recrues.

Nous devrons également nous adapter à la nouvelle génération – cela vaut aussi pour la plupart des autres employeurs des secteurs privé et public – parce que la génération X et la génération Y sont différentes l’une de l’autre et de celles qui les ont précédées. Nous devrons apprendre les uns des autres à mesure que nous continuerons de nous adapter à nos organisations rajeunies.

5. Transformation organisationnelle

Au cours des sept dernières années ou moins, de nombreux gouvernements occidentaux ont apporté une série de changements structurels et organisationnels à leur appareil de sécurité nationale pour :

  1. assurer une meilleure coordination et direction en général;
  2. favoriser une plus grande collaboration et cohésion tant à l’intérieur des organismes nationaux qu’entre ceux-ci.

Il en a résulté une éruption de « mariages » entre les institutions – parfois des mariages forcés.

Cette réingénierie visait en grande partie à apporter une solution au problème suscité par la trop grande concurrence entre les institutions au sein d’un même gouvernement – le fameux problème de cloisonnement à cause duquel les informations et les renseignements étaient trop souvent amassés et non partagés.

Les divers efforts de réorganisation dans le milieu du renseignement ont fait en sorte que nous avons maintenant de nouveaux conseils de sécurité nationale, de nouveaux conseillers en matière de sécurité nationale, de nouveaux ministères fusionnés responsables de la sécurité, de nouvelles coentreprises de toutes sortes (souvent dans différentes sphères de compétence), de nouveaux centres de fusion des renseignements et de nouvelles coentreprises opérationnelles.

À vrai dire, la plupart de ces changements sont en cours - comme toujours, il est plus facile de déplacer des cases dans un organigramme que de changer la culture organisationnelle et des pratiques et traditions solidement ancrées dans des institutions au long passé. Concevoir est facile; exécuter l'est souvent beaucoup moins.

Outre la réorganisation de l'appareil gouvernemental, on note une tendance connexe à favoriser une meilleure collaboration internationale entre les institutions nationales, compte tenu de la nature essentiellement internationale d'un grand nombre des questions sur lesquelles nous nous penchons quotidiennement.

Dans notre cas, bien que le mandat principal de notre organisation soit national, pratiquement toutes les questions auxquelles nous devons faire face aujourd'hui ont un aspect international.

6. Nouveaux intervenants

Outre l’expansion et les changements de méthodes récents dans le milieu du renseignement, les organismes privés qui uvrent dans les domaines de la sécurité et du renseignement semblent aussi avoir connu une nette croissance.

Les entreprises privées interviennent maintenant à divers niveaux, que ce soit en dispensant une multitude de services de sécurité ou en menant des opérations de renseignement (bon nombre de ces entreprises ont été fondées et sont maintenant administrées par d’anciens employés du secteur public).

Le milieu universitaire s’intéresse lui aussi au domaine comme jamais auparavant et les médias en font autant à cause de l’intérêt accru de la population pour les questions de sécurité nationale.

Plus de voix au chapitre, plus d’expertise, plus d’opinions – souvent avec une grande crédibilité – se font plus que jamais concurrence dans un domaine autrefois réservé aux gouvernements. Et la plupart d’entre eux s’expriment sans les contraintes qui nous sont imposées dans nos efforts de communication avec le public, quels qu’ils soient.

Cela dit, j’estime qu’il s’agit, dans l’ensemble, d’une bonne chose puisque cela nous incite à une remise en question et nous permet d’obtenir de nouveaux points de vue moins restrictifs sur bon nombre des enjeux qui occupent notre quotidien.

La conférence d’aujourd’hui est un bon exemple d’échanges qui devraient être favorisés. Certains qui ont beaucoup plus d’expérience que moi dans le domaine me disent qu’une telle conférence aurait été impensable il y a dix ans.

7. Transparence et secret

C’est sûrement la décennie pendant laquelle les espions sont sortis de l’ombre, que ce soit de leur plein gré ou non.

Le public en connaît maintenant plus que jamais sur le monde du renseignement et la transparence est probablement aussi plus grande que jamais.

Certains mécanismes mis en place ont obligé le milieu du renseignement à lever le voile :

  1. les enquêtes publiques, les actions en justice et les rapports des organismes de surveillance de toutes sortes;
  2. les reportages plus incisifs des médias;
  3. le recours plus fréquent aux dispositions régissant l’accès à l’information.

Mais soyons justes. La situation est en partie attribuable à d’autres facteurs plus nobles, notamment le désir des gouvernements de réagir aux préoccupations et à l’intérêt accrus de la population pour les questions de sécurité nationale.

Beaucoup de services de renseignements et de sécurité ont donc multiplié les programmes de communication et de rapprochement ainsi que les discours publics. Ils ont aussi redoublé d’efforts pour intéresser différents groupes par divers moyens.

Pour la première fois, des gouvernements – celui du Canada et plus récemment celui du Royaume-Uni – ont rendu public leurs stratégies en matière de sécurité nationale, un geste qui aurait été difficile à imaginer à une autre époque. Nous savons maintenant pour qui aurait travaillé James Bond, s’il avait vraiment existé, puisque l’existence du MI-6 a été reconnue publiquement.

Les progrès réalisés vers une plus grande transparence sont tout à fait louables, mais soulèvent un problème qui se posera probablement de plus en plus souvent : déterminer ce qui est légitimement secret et ce qui ne l’est pas. Il est fort probable que plus les informations rendues publiques seront nombreuses, plus la population voudra en savoir davantage, ce qui remettra en question la légitimité du secret.

8. Avalanche d’informations

Le milieu du renseignement a dû faire face à une avalanche d’informations au cours des dix dernières années. Il ne s’agit pas uniquement du volume, qui a augmenté de façon exponentielle, mais aussi de la variété des informations.

Cette situation est en partie attribuable à une intensification des activités de collecte secrètes des services de renseignements – une conséquence indirecte de leur expansion récente et de l’urgence des enjeux auxquels ils sont confrontés quotidiennement.

Les échanges entre organismes au sein d’un gouvernement à la suite du décloisonnement constituent un autre facteur. La même situation s’est produite à l’échelle internationale avec les nouvelles technologies et la mobilité accrue des individus partout dans le monde.

L’explosion des informations de sources ouvertes auxquelles les services de renseignements s’intéressent de plus en plus a eu d’importantes répercussions sur la plupart des activités de collecte secrètes. L’Internet a certainement été un important facteur dans cette avalanche, mais non le seul. La prolifération des organes de presse et des réseaux médiatiques multilingues internationaux que l’on connaît depuis une dizaine d’années y a aussi été pour quelque chose.

Non seulement le volume d’informations a augmenté de façon spectaculaire, mais la diffusion des informations est devenue instantanée et continuelle.

Cela dit, je ne suis pas convaincu que les analystes du renseignement peuvent plus facilement séparer le bon grain de l’ivraie. Comme certains l’ont déjà souligné, l’Internet ne fait pas de distinction entre les imbéciles et les érudits.

9. Technologie

J’aimerais souligner rapidement trois points en ce qui concerne la technologie et surtout les enjeux qu’elle représente pour le milieu du renseignement.

J’ai déjà parlé de l’avalanche d’informations comme d’un défi de taille pour les analystes, mais ce n’est qu’un défi parmi tant d’autres.

Le matériel et les logiciels en sont également un. Comment pouvons-nous stocker, récupérer et recouper avec efficience et efficacité les innombrables informations que nos services recueillent?

Les organismes du secteur public ne se sont pas distingués par le passé pour leurs systèmes de gestion de l’information efficaces et conviviaux. Il en va de même pour de nombreuses entreprises privées. Les systèmes sont coûteux, nécessitent souvent de longs travaux de développement et sont tributaires de technologies en constante évolution.

Le deuxième facteur associé aux technologies a déjà été mentionné : les moyens de destruction accrus auxquels les individus et les petits groupes ont de plus en plus accès. Ce qui jusqu’ici avait surtout été l’apanage des gouvernements est maintenant « accessible au public » dans une mesure qui est parfois étonnante et qui continuera probablement d’augmenter.

Enfin, j’ai été étonné de constater à quel point il est maintenant facile de se procurer certaines technologies. L’imagerie satellitaire peut être obtenue par l’entremise de Google Earth et de plusieurs autres fournisseurs privés d’informations de qualité. De même, la sophistication des dispositifs de chiffrement et des systèmes de communication est telle qu’elle mine les activités d’interception des gouvernements. En fait, les technologies qui étaient autrefois réservées aux gouvernements sont maintenant de plus en plus faciles d’accès et le demeureront probablement.

10. Crédibilité et légitimité

Ce que certains ont qualifié de respect pour nos institutions, qu’elles soient publiques, privées ou bénévoles, n’a cessé de diminuer ces dernières décennies. Le public a de moins en moins confiance dans ces institutions et le milieu du renseignement n’a certainement pas été épargné.

En fait, il a peut-être été plus touché par cette tendance que beaucoup d’autres institutions publiques. Après tout, comme le disait un de mes anciens collègues étrangers, c’est un milieu souvent mieux connu pour ses échecs que pour ses réussites.

Tous reconnaissent que les risques sont inévitables et qu’« il y aura des impondérables » – comme le signale la Grande-Bretagne dans sa politique sur la sécurité nationale adoptée récemment –, mais il semble parfois que le milieu du renseignement soit assujetti à des normes différentes.

L’expression « les ratés du renseignement » est devenue courante pour qualifier presque tous les actes ou toutes les omissions du milieu du renseignement.

Il semble aussi que nos clients, entre autres, s’attendent beaucoup trop souvent à ce que nous sachions tout sur tout, même l’inconnaissable.

On se demande parfois si les normes auxquelles nous sommes assujettis ne sont pas plus rigoureuses que celles applicables à d’autres institutions.

Malgré tout, je crois que composer avec les risques, les attentes et les réalisations demeurera un grand défi pour bon nombre d’entre nous.

Conclusion

En terminant, j’aimerais faire quelques commentaires.

Premièrement, comme d’autres participants l’ont déjà mentionné, nous sommes encore en pleine révolution conceptuelle puisque le contexte dans lequel nous évoluons continue de changer, que ce soit à l’échelle nationale ou internationale.

Deuxièmement, je crois et j’espère que bon nombre d’entre vous conviendrez avec moi que le milieu du renseignement devra faire face à d’importants défis au cours de la décennie en s’adaptant à toute une gamme de changements. Et la transition n’est pas terminée...

La question est maintenant de savoir si nous réussirons à trouver un équilibre entre les changements institutionnels et le contexte dans lequel nous évoluons. S’agit-il de changements adéquats? Le rythme est-il assez rapide? Allons-nous assez loin dans notre restructuration et dans la modification de nos méthodes?

Enfin, un petit conseil sur la santé physique et intellectuelle : il n’est pas salutaire de travailler en vase clos. Ce sont des événements comme celui-ci qui donnent l’occasion d’échanger et de voir sous d’autres angles les enjeux qui nous touchent tous.

J’espère que les conférences comme celle de cette semaine se poursuivront pour favoriser le débat et la discussion par la suite.

Merci.